(Actualisé avec dernières déclarations de Trump, Araqchi)
par Nayera Abdallah, Jana Choukeir et Tala Ramadan
12 janvier - L'Iran a affirmé lundi être toujours disposé au dialogue avec les Etats-Unis alors que Donald Trump dit réfléchir à des "options très fortes", y compris militaires, face à la répression violente menée par le régime de Téhéran à l'encontre des manifestations qui secouent le pays.
Lancé le 28 décembre dernier par les commerçants du Grand Bazar de Téhéran protestant contre une inflation galopante et la chute du rial, le mouvement de contestation a pris une tournure politique et s'est étendu à de nombreuses villes de province.
Selon l'organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis, la répression en Iran a fait 572 morts - 503 parmi les manifestants et 69 au sein des forces de sécurité - et plus de 10.694 personnes ont été arrêtées.
L'Iran n'a pas communiqué de bilan officiel et Reuters n'a pas été en mesure de vérifier le bilan de source indépendante.
Le ministère iranien du Renseignement a déclaré lundi détenir des groupes "terroristes" responsables selon lui d'avoir tué des volontaires paramilitaires fidèles au pouvoir, incendié des mosquées et attaqué des sites militaires, selon un communiqué relayé par les médias d'Etat.
Téhéran accuse les Etats-Unis et Israël de fomenter la révolte. Depuis l'émergence de la vague de contestation, Donald Trump a plusieurs fois menacé Téhéran de venir en aide aux protestataires en cas de répression trop brutale.
Face à ces menaces, l'Iran a averti dimanche qu'il pourrait cibler Israël et les bases américaines au Moyen-Orient en représailles à une éventuelle intervention des Etats-Unis contre la République islamique.
"Nous sommes prêts pour la guerre mais aussi pour le dialogue", a souligné lundi le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi, selon des propos traduits en anglais, lors d'une réunion avec des ambassadeurs étrangers à Téhéran.
Il a plus tard déclaré dans une interview accordée à Al Jazeera être toujours en contact avec l'envoyé spécial américain Steve Witkoff.
Les frappes aériennes sont une alternative envisagée par Donald Trump mais "la diplomatie est toujours la première option pour le président", a fait savoir la porte-parole de la Maison blanche, Karoline Leavitt.
"Ce que vous entendez publiquement du régime iranien est bien différent des messages que l'administration reçoit en privé, et je pense que le président a un intérêt pour explorer ces messages", a-t-elle déclaré à des journalistes.
TRUMP ÉTUDIE DES "OPTIONS TRÈS FORTES"
Un responsable américain a fait savoir dimanche à Reuters que le président rencontrerait mardi ses principaux conseillers pour discuter des options concernant l'Iran. Selon le Wall Street Journal, ces options incluent des frappes militaires, le recours à des cyberarmes, un renforcement des sanctions et un soutien en ligne aux sources antigouvernementales.
"L'armée examine la question, et nous étudions des options très fortes", a déclaré Donald Trump à bord d’Air Force One.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei a indiqué lundi que les lignes de communication entre Téhéran et Washington restaient ouvertes - "entre notre ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, et l'envoyé spécial américain [Steve Witkoff, NDLR]".
Lundi, l'agence de presse semi-officielle Tasnim a indiqué que les ambassadeurs de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et du Royaume-Uni avaient été convoqués par le ministère iranien des Affaires étrangères qui dénonce le soutien exprimé par ces pays aux manifestants.
Les ambassadeurs ont eu l'occasion d'exprimer leurs vives inquiétudes, selon une source diplomatique française.
Le président français, Emmanuel Macron, a dénoncé sur X "la violence d'Etat" selon lui à l'oeuvre en Iran et appelé au respect des libertés fondamentales du peuple iranien.
Parallèlement, la présidente du Parlement européen Roberta Metsola a annoncé sur X avoir interdit l'accès à tous les locaux du Parlement de Strasbourg au personnel diplomatique et à tout autre représentant de l'Iran.
Malgré l'ampleur des manifestations, aucun signe de division n'est apparu au sein du clergé chiite, des forces armées ou de sécurité. Les manifestants ne disposent d'aucune direction centrale clairement identifiée alors que l'opposition iranienne reste fragmentée.
Lundi, Abbas Araqchi a affirmé que la situation était "désormais totalement sous contrôle". Il a ajouté que le réseau Internet, coupé depuis jeudi en Iran, serait rétabli en coordination avec les forces de sécurité.
(Avec la contribution Elwely Elwelly à Dubaï, Rami Ayyub, Maayan Lubell et Alexander Cornwell à Jérusalem, Steve Holland à Washington, vérification vidéo par Mahezabin Syed, Eleanor Whalley et Marine Delrue, rédigé par Michael Georgy ; version française Blandine Hénault et Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)

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